Forest schools au Danemark : une philosophie de vie

Forest schools au Danemark : une philosophie de vie

Au Danemark, les écoles de la forêt ont vu le jour à partir de 1952, soit vingt-cinq ans après la fondation de la toute première forest school aux Etats-Unis. Pourtant, le modèle scandinave fait figure d’autorité en matière de pédagogie par la nature. Des adeptes et curieux à travers le monde s’en inspirent, et lui attribuent même la naissance de ce mouvement alternatif.

Pour cause, le Danemark est parvenu à une intégration exemplaire des forest schools dans son système éducatif. Près de 20% des écoles sont des skovbørnehaver, des jardins d’enfants dans la forêt. Elles font désormais partie prenante du paysage danois, et cultivent activement la philosophie scandinave du friluftsliv.

Pour en savoir plus sur l’histoire et les spécificités des forests schools du Danemark, rendez-vous dans la suite de l’article !

La nature, première source d’inspiration des forest schools au Danemark

Le modèle éducatif danois est mondialement reconnu pour ses méthodes alternatives novatrices, mettant la nature au cœur de l’enseignement. Pour comprendre le phénomène, il faut s’intéresser à un concept proprement scandinave : le friluftsliv, soit « la vie au grand air ».

Une philosophie bien ancrée dans le territoire et les mentalités

Deux-tiers des 43 000 km² formant le Danemark sont des zones rurales. Un territoire naturel riche qui explique en partie l’intérêt des Danois pour les activités en extérieur. C’est aussi un cadre idéal pour la pratique du fameux friluftsliv. Dans les pays scandinaves, ce concept est plus qu’une philosophie, c’est un mode de vie. Il s’agit de se reconnecter à la nature et aux éléments, de pratiquer autant d’activités que possible dehors, et ce, quelle que soit la météo.

Comme le dit un proverbe local : « Il n’y a pas de mauvais temps, juste de mauvais vêtements ». Et dans une partie du monde où le froid et la grisaille font partie du quotidien, il est d’autant plus essentiel d’apprendre à apprivoiser et apprécier son environnement. La nature est considérée comme un refuge, un chez-soi, où l’on peut se détendre au bord d’un lac ensoleillé, comme faire du sport dans une montagne enneigée. Là-bas, les activités en plein-air se pratiquent sans modération.

Le friluftsliv contribue à rendre les citoyens heureux

C’est le dramaturge Henrik Ibsen, qui, transporté par le spectacle des paysages norvégiens, mettait le friluftsliv en exergue en 1859. Avec son poème « Sur les hauteurs », il popularise alors une pratique déjà bien ancrée dans les habitudes nordiques. Les fjords, les aurores boréales, les falaises et les forêts ont toujours été une source d’émerveillement pour les locaux comme les touristes. Près d’un siècle plus tard, le friluftsliv était officialisé sous la forme d’une loi, le « droit d’accès à la nature ». Elle stipule que quiconque est libre de parcourir le territoire à sa guise, à condition de veiller au respect de l’environnement.

À l’heure d’une sédentarisation et d’une urbanisation toujours plus fortes, promouvoir la culture du friluftsliv dès le plus jeune âge revêt une importance primordiale. L’art de vivre au contact de la nature contribue directement à la santé et à l’épanouissement de l’individu. Selon l’ONU, le Danemark se trouve en 2ème place, derrière la Finlande, des pays les plus heureux au monde. Et ce n’est pas qu’une coïncidence. Entre son territoire naturel grandiose et la philosophie du friluftsliv, les conditions optimales étaient donc réunies pour que la Scandinavie se tourne vers la pédagogie par la nature.

L’histoire des forest schools au Danemark

Des écoles saturées, une mère engagée et un gouvernement complaisant, voici l’histoire de la création des jardins d’enfants en forêt danois.

La naissance de la première forest school danoise

Alors que le Danemark, la Finlande et la Suède revoient leur système éducatif dans les années 1950, la notion d’écoles en forêt émerge tout naturellement. Au Danemark, la première école de la forêt voit le jour dans la banlieue de Copenhague en 1952. C’est Ella Flatau, une maman danoise, qui en prend l’initiative avec la création d’une « Walking Kindergarten », une école itinérante où les promenades en forêt font partie du quotidien.

Baptisés skovbørnehaver, ces jardins d’enfants en forêt sont tout d’abord réservés aux enfants de 2 à 6 ans. La forêt devient une salle de classe et les activités outdoor font alors partie prenante du programme. Aujourd’hui, près de 20% des écoles maternelles sont établies en pleine nature. Parallèlement, les forest schools se développent en Suède. Goesta Frohm crée la première Skogsmulle en 1957. Ces écoles s’inspirent également des travaux du pionnier allemand Friedrich Froebel, créateur de la première Kindergarten en 1840.

Un terrain politique favorable à l’émergence des forest schools

Inspirées du friluftsliv, ces écoles répondent aussi à un besoin sociétal. En effet, de plus en plus de femmes commencent à travailler et ne peuvent garder leurs enfants à la maison. Les écoles traditionnelles saturent, la forêt devient salutaire. Les nombreux espaces verts à disposition sont de vastes aires de jeu capables de recueillir le surplus d’élèves.

Le gouvernement, qui voit une réponse au problème de surpopulation des écoles urbaines, soutient rapidement les skovbørnehaver. Elles se démultiplient et l’on compte aujourd’hui environ 700 écoles en forêt. Deux tiers d’entre elles sont prises en charge par la municipalité, l’autre tiers étant géré par la sphère privée.

Contrairement à la France, les écoles maternelles danoises sont facultatives et libres d’établir leur propre programme. Les petites initiatives locales, gérées par des associations ou des parents, sont traditionnellement les bienvenues. Les bases académiques y sont transmises, mais le jeu libre constitue la majeure partie des journées. Cette marge de manœuvre a profité à la floraison des écoles de la forêt.

Les forest schools danoises sont libres et plurielles

Les écoles de la forêt danoises connaissent un deuxième boom dans les années 1970, puis une troisième phase d’essor de 1985 à 1995. De nombreuses écoles expérimentales voient le jour, proposant un large panel de méthodes. Leur fondement commun est la proximité de la nature, mais il n’existe pas deux écoles identiques.

Chaque école s’adapte à son environnement, qu’il soit rural, semi-rural ou urbain, mais aussi aux enfants qu’elle reçoit. Les pédagogues et les parents ont un rôle déterminant dans la gestion et la détermination du projet pédagogique. Tandis que certaines structures proposent une immersion totale, d’autres ne le sont qu’à temps partiel. La plupart des écoles restent toutefois à petite échelle, avec 20 à 30 enfants pour 4 ou 5 pédagogues.

Les principes fondamentaux des forest schools danoises

Malgré leur remarquable liberté, les écoles de la forêt danoises restent fidèles à des principes fondamentaux. Elles ne sont pas certifiées par un réseau fédérateur, comme au Royaume-Uni, mais elles se rejoignent à travers 7 principes détaillés dans Understanding the Danish Forest School Approach. Dans cet ouvrage publié en 2011, Jane Williams-Siegfredsen, spécialiste en pédagogie par la nature, offre un panorama approfondi du phénomène au Danemark.

Les 7 principes des forest schools au Danemark

  1. Avoir une approche holistique du développement de l’enfant (intellectuel, émotionnel, social, physique, créatif, spirituel et potentiel).
  2. Penser chaque enfant comme unique et compétent, développer son plein potentiel, son estime de soi, en respectant ses particularités.
  3. Encourager les enfants à être des apprenants actifs à travers un enseignement interactif.
  4. Offrir un cadre propice à l’observation, à l’exploration, à la découverte et à l’expérimentation autonome.
  5. Evoluer dans un environnement harmonieux qui répond et s’adapte aux divers besoins de l’enfant, de celui de créer à celui de se reposer.
  6. Permettre à l’enfant de prendre des risques, lui laisser du temps et de l’espace pour jouer, essayer, faire des erreurs, recommencer et développer ses propres facultés critiques.
  7. Entourer les enfants d’interactions sociales positives et constructives, d’adultes empathiques aptes à développer leur confiance en soi et leur capacité à communiquer.

Le mot de la fin

Depuis les années 1950, le Danemark fait figure de précurseur en matière d’écoles de la forêt. Grâce à la philosophie du friluftsliv et à une politique encourageant la croissance de ces structures, le concept a su s’implanter solidement sur le territoire jusqu’à devenir une référence incontournable pour les pédagogues du monde entier. Le pays a initié une révolution verte du côté européen, en inspirant directement ses voisins. À l’instar du Danemark, la France gagnerait à assoupir sa politique pour offrir les bénéfices de la pédagogie par la nature au plus grand nombre.

Joana Durbaku

A propos des Décliques

Fini les écrans, les enfants se reconnectent à la nature ! Découvrez les forest schools des petits citadins avec Les Décliques. Une fois par semaine, les enfants de 6 à 11 ans vivent une escapade inoubliable dans le coin de verdure de leur quartier.

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